Le pardon

Delphine : tout un sujet n’est-ce pas ? Merci Rémi pour ce thème important pour les enfants et les adultes.

Pourquoi est-il important de pardonner et tout d’abord pour qui pardonnons-nous ? 

J’entends parfois : Pardonner nan mais oh hey moi jamais !! 

Le pardon est un cadeau que l’on se fait à soi-même avant tout et cela ne veut pas dire oublier. Quand on reste enfermé dans sa colère, son ressentiment, on a l’impression de faire payer l’autre, de lui montrer son mécontentement, de rendre la monnaie de la pièce. Rester dans sa colère c’est aussi se dire parfois « ce qu’il/elle m’a fait ça m’a fait mal, on a profité de moi, de ma gentillesse et ce n’est pas dans mes valeurs ». Et bien merci à ces personnes de me montrer que je prends la responsabilité de donner ma confiance à qui je veux et ne pas foncer tête baisser et dire oui à tout va. Merci pour cette leçon j’accepte que tout le monde n’ait pas les mêmes valeurs que moi, je regarde et je commence à avoir du discernement. 

Nadia : Effectivement, tout un sujet. 

On demande pardon, on estime avoir blessé quelqu‘un. Interviennent la culpabilité, la honte parfois…  d’avoir “mal“ agit ou maladroitement, avoir dit une parole involontairement blessante ce qui peut aboutir à une fragilisation d’une amitié, d’une relation.

Demander pardon est salutaire pour les deux partis, on reconnait avoir eu tord ; on reconnait son erreur. Il est important également de trouver sa place, son équilibre intérieur pour ne pas tomber dans l’excès et demander trop souvent pardon, alors que parfois la “faute” ne vient pas obligatoirement systématiquement de nous. Il est important de se remettre en question mais tout autant de prendre confiance en soi-même et laisser les autres face à leurs conflits intérieurs.

Quand au pardon, je veux dire pour pardonner réellement ; profondément et durablement. Il est nécessaire de vivre sa colère, la blessure pour comprendre notre propre fonctionnement. Une fois qu’on a décortiqué ses émotions, colère, tristesse, abandon parfois et humiliation subie ; on  analyse, on rentre ou non…. dans un processus de jugement intérieur… C’ est une phase plus ou moins longue ! 

Une fois tout ceci passé on décide de pardonner ou non, pour retrouver un bien-être, un équilibre. Je te rejoins complètement Delphine quand tu dis que pardonner est un cadeau que l‘on se fait à soi-même. Il reste une grosse inconnue ! Pour qui est-on capable de pardonner ? Cela est compliqué…

Une fois que je pardonne, je me souviens très bien des choses vécues ; je garde en mémoire les différentes étapes que j’ai péniblement réussi à surmonter. Simplement le préjudice perd de sa puissance. Il me faut du temps pour ça.

Bien souvent, il est nécessaire de se pardonner à soi-même, mieux se comprendre pour mieux pardonner aux autres; mais y a-t-il des limites au pardon ? Je pense que oui…

Delphine : C’est chouette tout ce que tu écris Nadia !! Oui on peut avoir blessé l’autre selon les valeurs de la personne qui se sent blessée et je te rejoins lorsque qu’une personne dit tout le temps pardon, c’est que quelque chose n’est pas en phase. On peut être 15 dans une pièce et selon ce qui a été dit cela sera bien pris, moins bien ou pas du tout. Cela dépend de chacun. Et oui un équilibre intérieur doit être trouvé pour arrêter aussi de se flageller.

Quand tu poses la question : y a-t-il des limites au pardon ? Je comprends que certains pardons soient extrêmement difficiles mais ils ne sont pas impossibles, tout dépend du cheminement intérieur de chacun. Je pardonne et je me fais ce cadeau pour faire de la place en moi et pardonner ne veut pas dire oublier. Je pardonne parce que je sais au fond de moi j’ai le droit de vivre autre chose, de me sentir bien avec moi-même.     

Nadia : Merci Delphine, oui faire de la place en soi pour accueillir de la joie au lieu de rancœurs rongeant l’intérieur, c’est tout à fait ça !! J’ai le droit (nous l’avons tous) de vivre autre chose et de me (nous) sentir bien avec moi (nous)-même.

Rémi : Quelles belles paroles les filles ! Superbe analyse Nadia, félicitations, que de progrès ! Alors, vous me connaissez, j’aime bien aller dans les sentiers difficiles… Peut-on et doit on pardonner à des gens qui ont commis des atrocités du style attentats créant de nombreuses victimes ? Et si oui, comment ?

Nadia :  Merci ; Oui je reconnais avoir réussi à progresser et j‘en mesure les bienfaits positifs et quand je parlais de limites , je pensais à des situations extrêmes . 

En regardant les informations tout à l’heure, je me posais justement la question suivante au sujet  du féminicide !!! Mon fond intérieur de femme crie que c’est intolérable que ce soit vis à vis des femmes ou des enfants !   (également de hommes bien sûr qui sont plus forts physiquement pour pouvoir se défendre )

Jusqu’où peut on demander à des parents d’avoir la force de pardonner au bourreau qui a tué leur enfant, leur fille retrouvée gisant à leur domicile ou bien le long des routes corps mutilés;  à un mari qui tue sa femme par jalousie maladive !Ou bien qui tue les enfants pour faire souffrir sa femme !!

 Ici … on parle des autres …mais quand ça nous touche personnellement ….je pense que tout doit  être complètement différent !! En ce qui concerne ses propres enfants qui en aurait la force ou l’envie ???

Un autre cas de figure… Les attentats !!!  Cela me laisse penser que les manipulations religieuses ou politiques sont certainement en lien avec tout ça !!!

Un conditionnement est tellement sournois et malheureusement tellement puissant pour déshumaniser les personnes et les transformer en robot tueur… Quelque part , on pourrait penser que c’est le manipulateur qui s’avère être  le réel fautif , que l’auteur des méfaits est aussi une victime transformée en pantin… Qu’en penser, encore une fois quand cela touche personnellement !!! Que dit notre cœur ? Chacun trouve son chemin pour pardonner ou non ; peut on …doit on ?

Cela me fait penser à une certaine forme de jugement !!( en fait on analyse le monde ) ; me vient une interrogation : comment faire pour réfléchir à une telle question sans porter un jugement pour analyser ou discuter d’une situation ?

Qui sommes nous pour se le permettre ?  Tu as raison Rémi quel sentier difficile …

Même en désirant rester bienveillant , respectueux quelle est la légitimité du jugement base de la réflexion ou de l’analyse ?

Rémi :
J’aime beaucoup ton analyse Nadia, elle montre bien la complexité de ce vaste sujet.
Et bien, je penses que nous avons fait le tour de la questions. Peut-être sans vraiment donner de réponse, mais, le sujet est tellement vaste et tellement complexe, qu’il serait difficile d’y répondre dans un article du blog. D’autre part, et là, je vais reprendre tes propos Nadia, qui sommes nous, nous, pour dire à nos lecteurs, oui, il faut pardonner aux auteurs de crimes horrible, ou plutôt non, il ne faut pas pardonner…
Tu donnes, a mon avis, de très bonnes pistes de réflexion, chaque lecteur se fera sa propre opinion.

Je termine en souhaitant à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d’années. Profitez bien et à très bientôt.